Jeudi 15 Janvier
- jbseilliere
- il y a 2 heures
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2026 a bien commencé pour Isaline. Dans deux jours elle fêtera ses 9 ans, on postera une photo de son anniversaire avec ses copines et son gâteau « Peppa Pig », même si le dessin animé « Les Triplés », qui reprend les codes graphiques des planches de Nicole Lambert du « Figaro Madame » a maintenant sa préférence. Isaline reconnaît le chiffre 9 quand on lui fait devant les yeux avec les doigts parce qu’elle arrive bien elle-même à brandir l'une de ses composantes, le chiffre quatre, avec sa main ouverte et le pouce collé à la base du petit doigt.
Je suis allé faire du vélo avec elle sur son tricycle sur le terrain de basket de la commune hier après-midi – il faisait assez beau et moins froid, et j’ai trouvé l’astuce de faire passer le pédalier de « frein à pédale » à « fixie ». Dans le premier cas elle pouvait s’arrêter de pédalier en laissant filer les roues sans bouger les jambes – grosse paresseuse -, et à la moindre esquisse d’une impulsion vers l’arrière, ça déclenchait le blocage des roues, ce qui rend l’attelage assez coton à contrôler quand on marche rapide derrière et qu’on le dirige d'une main avec une drôle de canne à pêche qui contrôle la roue de devant – parce qu’Isaline n’a pour le moment aucune notion de commande avec le guidon.
En mode « fixie » ça rebat les cartes; tant que le vélo avance, ça contraint le mouvement du pédalier et donc de ses jambes en cadence, et il n’y a pratiquement aucun moyen pour elle de bloquer vers l’arrière parce que les pieds remontent avant que le genou opposé ne soit en extension. Forcée à gigoter la cocote. Naturellement, elle aime moins, mais au moins le guide en a pour son argent. Ça travaille. Et une fois que c’est lancé, elle peut mieux impacter son allure et comprendre qu’appuyer, c’est accélérer. En plus le vélo c’est un travail en dissociation latérale, c’est tout bénef. Donc hier, Isaline a fait du vélo en intensif grâce à la découverte de ce petit coulissement d’un levier au niveau de la chaîne qui m’a permis figer le mécanisme en « fixie ».
Le drame du Nouvel-An de Crans-Montana nous replonge Sabine et moi dans le champ lexical de l’accident d’Isaline. Le mot négligence revient souvent concernant les propriétaires de l’établissement, et on entend les mots hospitalisation longue, séquelles, et handicap pour parler des blessés qui sont malheureusement pour beaucoup encore très jeunes. Cela m’a rappelé deux considérations : la première est la phrase de Jacques Prévert « on reconnaît le bonheur au bruit qu’il fait quand il s’en va ». Elle me paraît tous les jours pertinente. Et il faut se faire à l’idée de pouvoir un jour le réaccueillir dans une maison qui aura changé. C’est un long travail. Et on n’y arrive pas seul.
La seconde est un peu plus personnelle. J’ai pu avoir l’impression dans ces circonstances incompréhensibles que Dieu n’existait pas. C’est juste pas possible. Qu’une petite fille perde ses facultés à l'extérieur du poulailler du voisin parce qu’un fil de fer tendu contre le grillage est branché sur secteur, ou qu’une mousse anti-bruit collée sur un plafond de bar-dansant prenne feu à cause d’une bougie étincelante et que ça fasse péter la conduite de gaz en mettant au tapis tant de victimes et de blessés graves, ça n’arrive plus; ce sont des drames dont on entendait parler il y a longtemps, au début du siècle dernier. Ou si ça se passe, ça se passe loin dans des pays sans structures.
Quand on réalise que ça vient de se passer chez soi, et maintenant, l'expression "j'ai mal" prend toute sa dimension. L’existence de ce mal suppose son antithèse qui est le bien. Et la somme de toutes les défaillances humaines ayant mené à l’impensable, même involontairement, que ce soit la paresse, l’avidité, la nonchalance, ou l’égoïsme, qui se retrouvent toutes à l'origine de ce mal, prouve qu’il existe une antithèse appelée « le bien ».
J’ai donc décidé personnellement que ces circonstances épouvantables devant lesquelles tant de familles sont placées ne démontrent absolument pas l’absence de Dieu. Elles prouvent irréfragablement l’existence du mal. Et puisqu’il y a le mal; il y a Dieu. C’est mon pari. Et qu’il continue à nous accompagner pour rétablir Isaline.


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